Le chemin …(Bref qui suis-je?)
Sur le groupe Facebook de la maison du 2e rang, Mélanie demandait :
“Moi je te connais depuis peu. Je ne connais pas ton histoire.. tu pourrais nous faire une introduction sur ton cheminement pour en arriver là où tu es rendu pour nous les nouvelles”
Effectivement, j’avoue que vous êtes quelques nouvelles à nous suivre depuis peu.
C’est plein d’espoir pour moi, ça, le fait que de nouvelles personnes aient le goût de voir ce qui se fait ici.
Mon cheminement, le fameux chemin. Ce serait vraiment difficile de faire ça court, parce que tout cela est une longue route, très longue route.
Avant que je commence à narrer tout cela, sache que tu devrais aller te chercher un thé. Parce que ouf, on en a pour un bon bout.
Je veux aussi que tu saches que ce que je vais dire ici, c’est arrivé à moi, mais fortes sont les chances que si tu as le goût de te lancer dans ce genre de mode de vie, que les choses seront différentes (et plus faciles). Donc, ne te laisse pas décourager par mon propos.
Tout a vraiment commencé quand j’avais 3 ans, no joke. Mes parents, deux drummondvillois avaient acheté une maison “sur un grand terrain” et mon père a commencé à faire des jardins. J’ai une image très claire de moi, plus petite qu’un plant de tomates, entrain de marcher dans le rangées que si ce qui semblait pour moi un champ à l’époque. On s’imagine pas comment les choses qu’on fait tout jeune s’imprègnent vraiment en nous. Juste d’écrire ces lignes me rendent totalement émotive. L’image de me voir dans les rayons du soleil, entre l’odeur des légumes, ça fait remonter de quoi de vraiment précieux pour moi.
J’ai passé mon adolescence à entendre parler mon père d’autosuffisance, pour lui ce n’était pas un mode de vie, mais plus un rêve. Chez nous, ma mère faisait énormément de ses mains, une minutie de feu, de mon linge de gamine jusqu’aux robes de mariées de mes Barbie en passant par les rideaux et nappes de la maison, c’était ma mère qui les faisaient, des conserves, du pain, des pâtes, faire ça à la main c’était “normal”.
J’ai donc trempé là-dedans pas mal, sans pour autant que ce soit aussi profond que ce que je vis maintenant.
Parallèlement à ça, mon parrain et ma marraine avaient une ferme laitière. Ma passion pour la campagne est clairement née sur une botte de foin, entourée de chats (que mon parrain voulait tant me donner) à St-Majorique.
Bref, j’imagine que j’étais un terreau propice à cela, sans trop le savoir.
J’ai été une élève modèle à qui ont a promis un bel avenir, par contre, vers la sixième année, je me suis mise à être malade, beaucoup. Pour faire une histoire courte dans une histoire déjà longue, je faisais normalement la moitié de l’année scolaire à l’école, et le reste soit à l’infirmerie soit chez nous. Tu as beau être brillante, ne jamais être là, ça finit par jouer sur les notes.
“Tu es pas super en santé, tu devrais penser à un job de service, genre … caissière de dépanneur, vendeuse dans une boutique …” - Mon orienteur, Collège St-Bernard, 1994 (je le salue d’ailleurs … roulement de yeux)
J’ai persévéré, mais toujours en gardant en tête que j’avais pas la force de faire grand chose … Puis je me suis dit qu’une job “de bureau” ce serait peut-être pour moi. Ayant une passion et un talent pour les langues étrangères, je me suis inscrite à l’université Bishop’s en langues étrangères. J’ai été diplomé en 2000. Je voulais être traductrice.
Le plan a un peu changé quand ma mère a eu la sclérose en plaque (histoire hyper longue qu’on fera courte et qui est abracadabrante, ma mère n’a plus la sclérose en plaques, on a été la faire opérer en Bulgarie en 2010 avec la très controversée méthode Zamboni qui lui a pourtant sauvé la vie, c’est d’ailleurs elle qui roule et mesure les tissus de REFELEMELE à une vitesse folle du haut de ses 71 ans!) Étant fille unique et particulièrement anxieuse, je me voyais bien mal aller étudier loin de chez moi durant les 10 ans de la maladie de ma mère et en 2002 …
Bien Martin m’a demandé en mariage. Raison de plus pour ne pas partir trop loin hein ?
Mais je te parle de mes études aussi pour une raison. Quand tu étudies en langues, souvent tu as des cours où tu pouvais faire des recherches sur des sujets libres. Durant les trois années de mon bac. j’ai gossé tout le monde avec des exposés sur la simplicité volontaire, le réchauffement climatique et l’écologie. Donc déjà, on ravivait la flamme.
Puis, la réalité m’a rattrapé, étudier ça coûte des sous, vivre aussi, donc je travaillais beaucoup, je m’achetais un paquet de trucs parce que “je le méritais”, je suis tombée dans une spirale qui me ressemblait pas pentoute, bye bye l’écologie, bonjour les vindredis, la garde robe pleine, j’avais lancé une petite entreprise de tutorat, fallait être prospère, bien paraitre. Ça a duré … 6 ans.
Après 6 ans de rythme qui me ressemblait pas pentoute. Je me souviens qu’un jour Martin et moi on était dehors, en plein mois de juillet, un mercredi, minuit, vannés de toute. Tannés raide. Brulés.
“Pensais-tu que ça allait être ça la vie ?” M’avait demandé Martin
“Non!”
On avait parlé jusqu’aux petites heures de comment on avait les bras dans le tordeur, de comment on devait notre chemise à des institutions financières. Comment on ne pouvait pas, entre autre tomber malade.
2009.
Cette année là, je l’ai appelé mon année moissonneuse batteuse.
À la fin de cette année là, restait plus grand chose dans le champ sinon Martin et moi, comme des cotons de mais sec, tout croches.
J’ai planté.
Janvier. Mi janvier.
Vendredi matin, je suis knock out et j’ai décidé de prendre congé. Je dors. Je veux dormir toute la journée.
Puis le téléphone a sonné.
Pis c’était Isabelle.
Puis Fred était mort.
Depuis quelques mois mon meilleur ami combattait un cancer. La Julie normale, celle que tu lis en ce moment aurait fort probablement tout tasser pour passer plus de temps avec lui. Cette Julie-là n’a même pas pu aller lui dire un dernier aurevoir, parce qu’elle travaillait.
Elle travaillait pour payer du linge, des chaussures, du maquillage, la rosette de céramique dans le vestibule en avant, la grosse télé.
J’ai tellement crié que cette pauvre Isa m’a demandé d’appeler une personne pour ne pas que je reste seule.
J’ai appelé mon père. Pis j’ai passé les 3 jours qui ont suivi en état de choc. 29 ans. Tu meures pas à 29 ans. À 29 ans, tu te maries, tu fais des enfants. Tu meurs pas.
Perdre un ami, un vrai, c’est un sentiment horrible. Un grand trou.
Mais ce grand trou, il a guidé le reste de ma vie.
Tu continues pas dans une vie que tu aimes pas et dans un chemin que tu détestes quand tu sais que demain tout peut être fini.
Ça aura pris 6 autres mois et tout y passait. Ma job, la maison (bon ça c’est un autre histoire, on voulait s’en départir mais on a pas pu), le style de vie. J’ai commencé un processus de lenteur, j’en parle un peu ici.
Puis le corps a aussi craqué. Un peu avant mes 30 ans, je me suis levée et je suis tombée en pleine face.
Ma pas grosse santé, si bien soulignée par mon orienteur venait de me rattraper, solide.
Personne savait ce que j’avais.
Ça devait être dans ma tête, la réponse préférée du corps médical.
Vous trouvez pas? Je vais trouver!
Et si c’était ce que je mange. On s’est mis à faire un grand jardin.
53 tomates cette semaine, c’est peut-être un peu intense … On s’est mis à faire des conserves.
Penses-tu que ça peut être ce qu’on utilise comme produits nettoyants … On s’est mis à faire notre savon à lessive.
Pis là, j’allais un peu mieux, mais bon pas encore assez, ça prendra un voyage à Seattle chez un spécialiste pour me sauver la vie complètement, mais le style de vie a beaucoup aidé. Ça fait des miracles de se mettre les mains dans la terre et de cultiver.
Puis bien on se rendait compte que notre style de vie, c’était bon pour l’environnement (moins d’emballage pour ne nommer que ça) mais ça nous faisait aussi économiser plein de sous. Je revenais peu à peu à moi.
Faut qu’à l’époque en 2009 des gens qui faisaient ça, c’était vraiment des marginaux et que les méthodes et les matières premières se faisaient rares. C’est ce constat qui a d’ailleurs fait partie de l’implantation du projet de base (Le Domaine Coquelicots) en 2013.
En 2011, on a décidé de partir en campagne.
- PAUSE -
Cette partie d’histoire là je l’ai raconté 10000 fois. Au final à cause d’elle, j’ai un syndrome du choc post-traumatique. Je vais pas tout te raconter. Parce que c’est triste, c’est épuisant. Mais saches une chose, et les anciens pourront en témoigner, je me suis battue corps et âme pour garder le projet vivant et ce, malgré très grand vent et grosse marée… En gros, on a la gueule pour se faire avoir Martin et moi. (Ma psy dit que c’est parce qu’on est vraiment trop gentils — je me demande vraiment si maintenant on l’est moins) Sur 10 ans, on s’est fait avoir dans la presque totalité de nos transactions immobilière, on a eu 2 fois des locataires véreux et destructeurs, pis on a été forcé de faire faillite après qu’un entrepreneur ne respecte pas ses engagements et que plus aucune compagnie d’assurances ne veulent assurer notre hypothèque sur une maison laisser en ruines. On a été sans domicile fixe pendant 6 mois durant la covid en plus … Comble de tout ça dans la faillite on a été “chanceux” car on a pu garder la maison (l’actuelle maison du 2e rang) que nous habitons maintenant. Par contre, quand on a repris celle-ci notre locataire avait saccagé les lieux durant la période de la covid (qu’on pouvait pas trop surveiller)
Tsé …
Malgré tout cela, j’y crois encore. Je crois pertinemment que de faire soi-même les choses c’est la clé pour être en meilleure santé autant financière que physique et psychologique.
- Fin de la pause -
On s’en va en 2023, forte de toutes ses années d’expérience, je me retrouve à l’aube de la nouvelle année avec Mathieu, notre ami de très longue date, qui décide de venir vivre l’aventure avec nous. On fait un plan. On a plus d’expérience, plus de capacité d’investir et on dresse le plan de ce qui allait devenir la maison du 2e rang. La maison du 2e rang, c’est pas compliqué, c’est chez nous et c’est tout ce qui nous habite et nous anime.
L’envie de vivre une vie en harmonie avec la nature, l’envie de partager le plus possible, l’envie d’aider les gens et de faire des projets à dimension humaine. C’est des projets comme ce blog, comme Refelemele, comme le sanctuaire félin des Trois Petits Chats. C’est des projets qui dorment sur la tablette le temps que je trouve le temps de mettre la main à la pâte.
En fait, je dis je, mais la maison du 2e rang, c’est Martin, mon mari, Mathieu notre ami, mon père, ma mère et Manon, ma fidèle amie-bénévole. Ça été aussi une série impressionnante de collaborateurs, passé, présent et bien sûr, on l’espère futur.
C’est pour ça que j’ai fait ça.
J’espère, Mélanie, que j’ai répondu à ta question :)