Se faire une vie dont on a pas besoin de vacances
Je suis passagère en ce moment de notre pick-up, sur le chemin du retour.
Je reviens d'un 4 jours dans le coin de Boston. Ceux qui me connaissent savent que je vais souvent aux USA.
Il y a déjà eu une raison à cela; me sauver le plus loin possible de ma catastrophe personnelle. Parce que ma vie, ça été ça pendant 12 ans, une solide catastrophe.
En 2009, j'ai fait un burn-out. Un burn out dans une “cage” dorée. Depuis 6 ans déjà je vivais une vie qui me ressemblait pas; métro, boulot, dodo, dans une belle maison neuve sans âme, aux angles bien droits, du gazon neuf, taillé en 45, pas d'arbres ou ces sodas de lilas que j'ai planté et qui sont encore tout petits, le bruit des chars sur la 55.
Cette année là, j'avais décidé de vendre mon auto, je me promenais en autobus et en taxi. J'étais en arrêt de travail, une chance parce que le transport en commun dans le Drummondville des années 2000 c'était pas ce qui avait de plus évident. (Ça ne l'est sûrement toujours pas d'ailleurs) Mais, j'ai apprécié ce temps. Je l'ai apprécié parce que c'était ma thérapie avant la thérapie (impossible de me sortir d’un burn out sans)
Je me souviens qu’un jour j'avais dit à ma thérapeute, ma chère Carmen (mon dieu que j'ai aimé cette femme là) que j'avais l'impression de vivre dans une ligne de temps parallèle. Être en autobus pour me promener me permettant de voir le monde et j'avais l'impression que ce monde allait en haute vitesse. J'avais l'impression que depuis que j'avais quitté l'école secondaire, le monde s'était mis à filer, à courir, à s'enfuir au point où je ne le voyais plus. Je courrais avec lui. Après les sous, après le temps, après le bonheur.
Le bonheur, c'est compliqué, en fait non, ce n'est pas compliqué tant que ça c'est juste notre époque qui le rend difficile.
J'en étais venue qu'à ne plus savoir c'était quoi le bonheur. À force de courir dans la vie, tout fini par être terne, tu ne croques plus dans rien, tu avales tout rond, plus rien ne goûte quelquechose.
J'étais sortie de ma psy ce jour avec la conviction ultime que j'allais, à trente ans, prendre ma vie et la virée de bord. J'allais comme j'avais mentionné plus tôt à Carmen, me faire une vie de laquelle je n'aurais plus jamais besoin de vacances.
Ça été extrêmement difficile. La société, c'est un cadre fort et solide dont on ne se défait pas facilement. On a beau vouloir marcher dans un chemin différent, ce n'est pas long que les façons, les règles, les évènements te ramènent fort dans le carcan que tu ne le veuilles ou non.
Mais j'ai bûché fort, ça a grafigné beaucoup, à un point tel que je ne me suis même pas rendue compte sur le coup que j'y étais.
En janvier c'est passé un petit miracle, une personne proche de nous à décider que les claques sur la gueule (et surtout les conséquences qui viennent avec) c'était fini. Ça a réglé d'un coup l'ensemble de nos problèmes. Quand ça fait 13 ans que tu as le nez dedans, tu vois pas toujours quand la fin arrive. Tu ne réalises pas.
Donc, sur le chemin du retour, de la fin d'une escapade qui normalement m'aurait peiné, j'ai hâte d'arriver chez moi et je réalise que tout au long de l'aventure de cette fin de semaine, je me suis ennuyée de chez moi, de mes fleurs, de mes poules, de mes chats, du confort que le cocon que je suis entrain de bâtir avec ma petite famille “reconstituée” m'offre de plus en plus.
Je suis consciente de ma chance, de mon privilège et je réalise qu'enfin j'ai atteint mon but, me faire une vie dont je n'ai pas besoin de vacances. Ça ne veut pas dire que je ne viendrai plus ici, dans la Nouvelle-Angleterre que j'affectionne, mais je n'y viendrai plus pour me sauver de chez nous. J'y viendrai comme prévu initialement, pour m'inspirer, parce que la vie de campagne, la version qui me plaît, faut leur donner ça, ils la cultivent depuis des années.
C'est donc ce que je vous souhaite à tous, d'avoir une vie dont vous ne vous lassez jamais et si mes trucs peut vous aider à vous y rendre, je serai d'autant plus heureuse !